Saviez-vous que les œufs de Pâques peuvent être utilisés pour protéger vos droits d’auteur?


Saviez-vous que les œufs de Pâques peuvent être utilisés pour protéger vos droits d’auteur?

La fin de semaine de Pâques arrive à grands pas et certains d’entre vous mettront à profit leurs talents artistiques pour décorer des œufs de Pâques. Bien que ces fragiles œuvres puissent être protégées par le droit d’auteur, ce n’est pas de cela qu’il sera question ici. Nous souhaitons plutôt vous parler du phénomène des easter eggs. Phénomène très populaire dans les jeux vidéo et au cinéma qui tire son origine d’un conflit de droit d’auteur et qui pourrait vous être utile lors de la création d’une œuvre visuelle.

Les easter eggs, c’est quoi?

Un easter egg, ou œuf de Pâques en français, est un élément visuel unique, original et souvent improbable dissimulé dans une œuvre visuelle. Le easter egg prend généralement la forme d’un clin d’œil au public, comme une blague ou une référence culturelle. Comme c’est le cas lors d’une chasse aux œufs de Pâques, ces éléments visuels sont difficiles à trouver.

Le concept a été popularisé par l’industrie du jeu vidéo à la fin des années 70. Aujourd’hui, la majorité des jeux contiennent des easter eggs. Il faut dire que ce média est parfaitement adapté à ce concept. L’œuf de Pâques peut prendre la forme d’un tableau caché, d’un objet difficilement atteignable ou d’un bogue volontairement créé par les développeurs. Retrouver ces clins d’œil constitue une véritable chasse aux œufs!

Les producteurs hollywoodiens ont eux aussi adopté l’idée dans les années 80. Les films de Disney sont reconnus pour leurs multitudes d’œufs de Pâques. Avez-vous déjà remarqué que Belle et le tapis volant d’Aladdin apparaissent dans Le Bossu de Notre-Dame?

Au commencement des easter eggs, le droit d’auteur des salariés chez Atari

Généralement, un créateur ne possède pas de droits d’auteur sur une œuvre créée dans le cadre de son travail. Les droits appartiennent plutôt à l’employeur.

Atari, la compagnie derrière la console de jeux vidéo du même nom, appliquait ce principe rigoureusement. Craignant que ses développeurs gagnent en notoriété et soient embauchés par les concurrents, Atari refusait d’afficher le nom de ses programmeurs dans les crédits de ses jeux vidéo.

Cette politique ne plaisait pas au programmeur Warren Robinett. Fier de son titre Adventure paru sur la console Atari 2600 en 1979, l’employé d’Atari dissimula son nom dans le jeu. En effectuant une série d’actions complexe, un écran gris s’affichait avec la mention «Created by Warren Robinett ». Tout ça à l’insu de son employeur.

Inévitablement, un joueur découvrit ce secret. Atari vit dans cette bravade de leur employé une opportunité. La compagnie déclara qu’il s’agit d’un easter  egg et que dorénavant tous ses jeux en comprendraient. Trouver ces éléments cachés devenait un défi pour les joueurs!

C’est ainsi que, sans le vouloir, Warren Robinett créa une tradition dans l’univers des jeux vidéo. Tradition qui se transposera au cinéma ainsi que dans les bandes dessinées.

Comment les œuf de Pâques peuvent vous aider à protéger une œuvre?

Plusieurs œuvres sont basées sur des faits, des éléments réels ne pouvant être protégés par le droit d’auteur. On pense notamment aux toiles et photos de lieux publics ou aux cartes routières. Il est relativement facile de reproduire sans autorisation une toile d’un paysage et d’y apposer sa signature. Le faussaire peut clamer avoir simplement peint le même paysage du même point de vue. Après tout, un paysage n’est pas protégé par le droit d’auteur.

C’est ici que l’utilisation du easter egg devient intéressante. En ajoutant un élément visuel unique, improbable et difficilement repérable dans votre œuvre, bref en ajoutant une touche créative et originale à votre œuvre, vous pouvez contrecarrer les prétentions du faussaire.

Par exemple : vous peignez un paysage de l’Île d’Orléans. Votre œuf de Pâques pourrait être l’utilisation de couleurs différentes pour tous les éléments bâtis figurant dans le paysage, l’ajout d’un arbre à la forme insolite ou simplement de nuages uniques. Nul besoin d’y ajouter des références, votre nom ou des blagues. Il suffit d’ajouter des éléments issus de votre créativité à un paysage. Ainsi, si votre œuvre est reprise telle quelle, il pourrait être plus facile de démontrer qu’il y a eu plagiat.

Les erreurs dans les cartes routières

Bien que le terme easter egg fait son apparition en 1979, l’idée de dissimuler des invraisemblances dans une œuvre existe depuis longtemps dans l’industrie des cartes routières. Les éditeurs de cartes routières ont souvent fait usage de « rues-pièges » (trap street) et de « villes de papier » (paper town). L’astuce consiste à ajouter des rues et des villes inexistantes sur une carte. Quel cartographe sérieux ajouterait vos propres faussetés sur ses cartes? Un exemple connu est celui du Mont Richard au Colorado. Ce mont fictif est apparu sur les cartes du comté de Boulder en 1971

Cela dit, l’idée peut ne pas fonctionner, voire même provoquer le contraire de ce que vous souhaitiez. Les cartographes de la General Draft Company l’ont appris à leurs dépens. Dans les années 30, la compagnie ajouta la ville fictive d’Agloe dans l’État de New York à leur carte. Les cartographes n’avaient étonnamment pas prévu que leur carte serait prise au sérieux!

Quelques années plus tard, un concurrent de la General Draft Company imprima la ville d’Agloe sur sa propre carte. « Plagiat! » s’exclama la compagnie. Or, le concurrent avait de bonnes raisons de croire qu’Agloe existe réellement. La ville est mentionnée dans les dossiers du comté de la région! Pourquoi? Il y est question d’un commerce nommé « Agloe General Store ». La ville doit donc nécessairement exister.

Et pourquoi ce commerce porte-t-il le nom d’Agloe? Vous l’aurez deviné : le commerçant s’est fié à la carte de General Draft Company!

Même Google Map s’est fait piéger!

Bien que le magasin général n’existe plus depuis des décennies, la ville figurait sur la carte de Google jusqu’en 2014. La ville n’aura été retirée qu’après que le blogueur Frank Jacob eut découvert que le petit œuf de la General Draft Company avait survécu à la transition numérique.

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